Edito
Enseignement supérieur français : deux poids deux mesures
Les appels lancés pour la refondation de l’Université française, pour sa reconstruction ou encore pour réformer celle-ci ne sont plus rares. Après avoir organisé, en 2010/2011, une série de conférences traitant de « l’Université » dans le cadre de nos Rendez-vous d’Archimède, nous venons de consacrer une journée d’études à cette question.
Cette journée fut sans nul doute riche et très utile. Les principales raisons politiques, structurelles, internes et externes à l’origine de l’état dans lequel se trouve l’Université française ont été clairement identifiées et rappelées. À commencer par la plus importante d’entre elles : le système d’enseignement supérieur français lui-même.
Car il s’agit bel et bien d’un système à deux vitesses : d’une part, les grandes écoles et institutions publiques, les écoles privées grandes et petites, souvent riches, qui forment les futures élites du pays en recrutant les meilleurs bacheliers. D’autre part, l’institution universitaire chargée de se consacrer aux autres !
Un défi de taille pour l’Université qui reste quasi impossible sans les moyens gigantesques que suppose ladite mission. Or, cette situation contradictoire, qui s’est installée durablement, est totalement anti-démocratique. Les gouvernements successifs auraient dû remettre la question de l’Université au cœur de la politique nationale mais aucun d’entre eux ne s’est donné les moyens de régler la question du déséquilibre de l’enseignement supérieur français.
Quant à la communauté universitaire nationale, elle ne semble pas en mesure de mettre son savoir au service d’une réflexion collective. Pourtant, ce sont bien sa culture et sa capacité d’analyse qui permettront de construire un véritable projet pour l’Université ! « Les Refondateurs » ont d’ailleurs le mérite d’avoir mené cette réflexion
et formulé des propositions.
Les universitaires, tout comme l’État, savent qu’une grande Université se doit d’être une institution séculaire créative et forte. Forte par la qualité de sa recherche, sa formation et ses enseignements. Mais aussi forte par sa capacité à penser et à participer pleinement au monde qui l’entoure.
La grandeur de l’Université se mesure aussi par sa capacité à transmettre ses valeurs. C’est pourquoi, sans l’adhésion de l’ensemble des acteurs de l’Université à son projet, l’Université est boiteuse. Seule cette adhésion lui permettra d’assumer son rôle social, culturel, politique et économique dans la Cité et d’occuper la place qui lui revient aux niveaux régional, national et international.
Pour réussir à relever un tel défi, l’Université doit aussi avoir la confiance et le soutien de l’ensemble de ses partenaires institutionnels. Cela relève d’ailleurs de leur responsabilité car il s’agit là d’un enjeu commun qu’ils ne peuvent ignorer.
Retrouvez cet édito dans notre revue Les Nouvelles d'Archimède 59
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